Salon: SALON DE L’INDUSTRIE CERAMIQUE

Info: Interview de notre PDG M.Raouf STITI á Ecotimes sur le salon ALGER CERAMICA EXPO




Raouf Stiti PDG de Batimatec-expo: «Malgré la crise, nos céramistes réalisent des exploits»


Raouf Stiti PDG de Batimatec-expo: «Malgré la crise, nos céramistes réalisent des exploits»
Batimatec expo SPA est un des principaux leaders à l’échelle nationale, spécialisé dans l’événementiel. Ses activités principales sont orientées vers la prestation de services en relation avec l’organisation et la gestion de foires et salons et toute autre manifestation à caractère économique, scientifique et culturel. En marge des salons, Batimatec Expo organise, régulièrement, des journées techniques, des conférences et des colloques sur des thèmes choisis, en relation avec les préoccupations de l’heure des professionnels et industriels et sont animés par divers spécialistes et consultants nationaux et étrangers. Son PDG M. Stiti Raouf, nous a livré dans cet entretien, son avis sur la situation qui prévaut dans le BTP et particulièrement, pour les céramistes.
Eco Times : Après une interruption due à la Covid-19, Batimatec est prévu cette année en novembre. Quelles en seront les nouveautés ?
Raouf Stiti : La 23ème édition du Salon International du Bâtiment, des Matériaux de Construction et des Travaux Publics BATIMATEC, qui se tiendra du 07 au 11 Novembre 2021, au Palais des Expositions de la SAFEX, marquera en effet, après l’interruption imposée par la pandémie sanitaire, une reprise très attendue par les acteurs du secteur qui est rythmé chaque année, par ce qui est devenu au fil des ans, le rassemblement professionnel du secteur des BTP, à l’échelle continentale.
Toutes les branches du Bâtiment, des Matériaux de Construction et des Travaux Publics y sont représentées. Il faut dire que le salon a atteint un niveau de maturité après plus de deux décennies d’existence. La dernière édition que nous avons organisée, en 2019, avant la survenue de la crise sanitaire, a permis d’enregistrer la participation de pas moins de 1065 exposants dont 650 sociétés nationales et 415 sociétés étrangères originaires de quatorze pays.
Au regard de la demande déjà exprimée par bon nombre d’exposants nationaux (plus de 500 exposants) et étrangers (Turquie, Tunisie, Italie, France, Espagne, Portugal, Chine), nous espérons pour cette prochaine édition, atteindre un plein succès à cette importante manifestation et ce, malgré tous les aléas dus à la situation particulière que vit le monde actuellement.
Nous espérons que la tenue du Salon BATIMATEC qui intervient dans un contexte de reprise de l’activité économique mondiale contribuera positivement à relancer le secteur du Bâtiment en particulier et de la construction en général dans notre pays. En effet, l’Algérie négocie un tournant décisif de sa vie politique et économique ouvrant la voie à de grands espoirs de refondation économique et de redynamisation des investissements, tous secteurs confondus, avec en prime une place prépondérante pour le bâtiment socle de toute édification économique.
A l’occasion de la nouvelle édition, le niveau de performance du salon sera rehaussé avec, notamment, l’amélioration des conditions de participation, et la consolidation du niveau de l’évènement afin de le placer à la hauteur de toutes les attentes de nos partenaires, dans une relation gagnant-gagnant. Par ailleurs, nous tenons à rassurer tous les participants à Batimatec qu’il est accordé une extrême attention aux mesures sanitaires préventives et que l’événement se déroulera dans le strict respect du protocole sanitaire édicté par Safex et validé par le Conseil Scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus Covid-19.
En plus de son rôle en tant que plateforme d’échanges entre les professionnels du secteur, le Batimatec a, durant ses différentes éditions confirmé son rôle de facilitateur de contacts entre les différentes générations de bâtisseurs. Les rencontres d’affaires fructueuses et le débat académique et technique qui s’est déroulé, lors des journées techniques, tenues en marge de l’exposition principale en sont la preuve indéniable.
A ce propos, il sera question cette année de faire le point sur les avancées réalisées à ce jour en termes d’économie d’énergie dans le bâtiment et l’utilisation des outils de modélisation numérique plus connus sous le nom de BIM (Building Information Modeling). Les architectes présents habituellement en force au Batimatec auront leur journée, dédiée aux thèmes qui intéressent la corporation et qui sera marquée bien sûr par la traditionnelle cérémonie d’attribution des prix aux lauréats du concours du jeune architecte « La charrette d’Or » organisée par notre partenaire la revue d’architecture « Vies de Villes ».
Le nouveau programme de 1million de logements pour la période 2020-2024, peut être un tremplin pour le secteur de la construction, Quelles en seront les chances de réussite, sachant le fort taux de perdition de la main-d’œuvre, et que 24 000 entreprises ont fermé à cause de la Covid-19 ?
En effet, le plan d’action du secteur de l’Habitat qui prévoit l’engagement d’un nouveau programme d’un (1) million de logements pour la période 2020-2024, peut être une opportunité pour le secteur qui vit, notamment, depuis la survenue de la crise sanitaire et ses répercussions économiques, un marasme dû entre autres, à l’arrêt des chantiers et le report de programmes prévus dans le secteur. Le plan d’action est une opportunité certaine car il permettra de promouvoir la production nationale, d’encourager le recours aux moyens d’études et de réalisation nationaux, d’intensifier l’utilisation des matériaux locaux, et d’assurer l’accompagnement des jeunes entrepreneurs et autres professionnels du secteur.
Le président de la République, M Abdelmadjid Tebboune, a d’ailleurs à maintes fois insisté sur l’impératif de finaliser les programmes en cours dans les meilleurs délais tout en veillant à préserver la qualité du bâtiment ainsi que les aspects architecturaux et de l’aménagement urbain. Des recommandations qui sont en droite ligne avec nos aspirations depuis des années.
La reprise progressive des activités du secteur, dans un contexte d’amélioration des conditions sanitaires et l’assouplissement des conditions de confinement devraient être de nature à donner une nouvelle impulsion au secteur, dans le cadre de l’encouragement annoncé par les pouvoirs publics, et la relance de la commande publique.
Comme le bâtiment, le segment de la céramique a aussi souffert de la pandémie, mais pas que. En effet, les céramistes algériens se plaignent de la concurrence déloyale dues aux importations. Ne pensez-vous pas que ce secteur pèche plutôt par un manque d’innovation ?
La filière céramique représente un poids non négligeable avec près d’une centaine d’unités de production réparties sur l’ensemble du territoire national ; d’importants investissements de création de capacités nouvelles ont été consentis au cours des dernières années, à l’initiative du secteur privé notamment. Les capacités installées au plan national dépassent les 150 millions de mètres carrés pour un besoin du marché local évalué à 120 millions de m².
Les effets néfastes induits par les restrictions sanitaires dues à la pandémie ont en effet considérablement ébranlé l’industrie céramique. L’absence d’une commande publique significative, a obligé la plupart des usines à réduire la cadence de production à un niveau minimal, ce qui a provoqué un manque à gagner considérable en termes de chiffre d’affaires. Pour ces producteurs les indicateurs sont au rouge ! De leur côté, les pouvoirs publics, ont bien répondu au cri d’alerte lancé par la corporation à travers l’association des céramistes Algérien ACA en vue de sauver leur outil de production en instaurant une interdiction d’importer des produits finis en céramique. Cette première mesure d’urgence devra être suivie par d’autres actions visant notamment à pallier au manque de disponibilité de la matière première dont souffre cette industrie.
Par ailleurs, les innovations sont nombreuses au sein du secteur de la céramique. Un large aperçu de cette évolution a été démontré lors de la 1ere édition du salon Céramica organisée, récemment, par Batimatec Expo, en collaboration avec l’association des céramistes algériens (ACA). Ce domaine, malgré les nombreuses failles et entraves qui le pénalisent constitue une véritable niche de développement de la production et de création d’emplois. Les différents métiers et les potentialités techniques qu’esthétique qu’il recèle suscitent de plus en plus d’engouement et augurent de belles perspectives.
L’événement cité plus haut a permis de donner un aperçu de l’évolution du marché en matière de revêtements et produits sanitaires en céramique, des innovations technologiques et des opportunités à l’export de la production locale.
Les professionnels souhaitent cependant avoir plus de facilité pour avoir notamment accès à la matière première, et de concessions minières dans le cadre de la politique de développement du secteur minier décidée par les pouvoirs publics.
Le secteur de la céramique peine à exporter 5 % de sa production. Et cela à cause la garantie bancaire, que l’Etat doit mettre en place. En quoi cela peut-il être un handicap et pourquoi ?
Raouf Stiti : Il est évident que l’accès aux marchés internationaux pour nos opérateurs est difficile du fait de la rude concurrence qui existe, notamment, en Afrique subsaharienne où les plus grandes puissances industrielles du monde se battent à couteaux tirés. Néanmoins, nos céramistes ont quand même réussi l’exploit de placer des produits à l’étranger. Ce qui fait que l’inertie a été rompue grâce à ces industriels précurseurs qui ont pu relever le défi de l’export malgré les obstacles. Parmi les difficultés recensées suite à ces initiatives courageuses, notons la mainmise de certains pays européens (Espagne, Italie, France) ainsi que de la Chine sur les marchés internationaux de la céramique. Ces pays ont inondé les marchés avec des offres de produits très compétitives présentant un rapport qualité/prix imbattable. Par ailleurs, ces pays grands exportateurs, exercent un lobbying acharné au niveau des marchés qu’ils ciblent grâce notamment à une diplomatie très percutante et à une diaspora organisée et acquise à la cause nationale.
Nous n’avons qu’à prendre exemple et faire de même, car des niches de marchés peuvent être exploitées par nos exportateurs, à condition que ces derniers relèvent tous les défis de la qualité, profitent des avantages comparatifs que présente l’Algérie pour élaborer une offre commerciale compétitive et arrivent à mobiliser le soutien institutionnel et celui de notre diaspora.
Aussi, il serait intéressant de réaliser une étude de positionnement stratégique de la filière céramique sur la base d’un benchmarking permettant de situer notre pays par rapport à des pays de référence tels que p.ex. La France, l’Espagne ou la Tunisie… Ceci pourrait donner une meilleure visibilité et un point de départ à un redéploiement stratégique de ce secteur fortement concurrentiel.
Si ce secteur souffre d’un surplus de production, ne pensez-vous pas que nos céramistes ne sont pas innovants et restent cantonnés dans des designs qui ont vécu leur temps ? La céramique a aussi ses tendances.
Le secteur se modernise et tente de coller aux standards internationaux en matière de fabrication, que ce soit en termes techniques ou de qualité, mais aussi en matière de design moderne, tout en remettant au goût du genre les traits de notre patrimoine. Les producteurs de carreaux céramiques présents au salon Ceramica expo estiment nécessaire de lancer en moyenne un nouveau model tous les mois, la création graphique se faisant soit à l’étranger par le biais du fournisseur d’inputs, soit par des cabinets de création en Algérie. Les efforts spécifiques aux uns et aux autres en matière de recherche de renouveau du design et du rendu des surfaces indiquent des stratégies et des comportements commerciaux contrastés selon les producteurs. Il est constaté en outre qu’en absence de protection de design, certains producteurs en arrivent à copier le design de carreaux d’autres producteurs algériens.
Il faut savoir enfin que l’innovation n’est pas restreinte uniquement au design du produit fini. Les innovations industrielles les plus importantes aujourd’hui cherchent à offrir d’excellentes propriétés du produit, des possibilités de fabrication flexibles et efficaces et une économie d’énergie. Bien entendu, il reste que les tendances du marketing, mais aussi les prescriptions légales influencent la configuration des produits céramiques en terme couleurs et de surfaces.
Le manque de matière première, de laboratoire et d’ateliers de design manquent en Algérie, pourquoi ?
En termes d’inputs, l’argile est le principal intrant dans la production céramique. Les paramètres physico-chimiques des argiles conditionnent fortement les propriétés attendues des produits céramiques. L’inventaire des argiles disponibles en Algérie ainsi que leur classification est nécessaire au développement de cette industrie. Une bonne partie des disponibilités algériennes n’est pas répertoriée, notamment les argiles blanches, riches en kaolin et à fine granulométrie, disponibles à Annaba, à Bechar et à Mascara et Mostaganem. Cette information prend tout son sens lorsqu’on sait que pour obtenir une céramique de qualité, il est quelques fois nécessaire de s’approvisionner auprès de plusieurs sites afin d’obtenir par un mélange d’inputs, les caractéristiques physico-chimiques attendues.
Pour ce qui est des autres intrants, notamment les émaux, oxydes, colorants…etc, elles sont importées pour la plus part des cas d’Espagne généralement auprès d’un fournisseur unique, propre à chaque entreprise considérée. Dans ce cas de figure, il serait propice de constituer une centrale d’importation afin de réduire les coûts d’acquisition de ces substances par le biais de commandes groupées.
Pour ce qui est du contrôle qualité, les produits céramiques doivent se conformer aux normes qualité en vigueur établies par l’Ianor, en effectuant les contrôles nécessaires par des laboratoires accrédités par l’organisme national d’accréditation Algerac. Prétendre que son produit est de bonne qualité c’est prouver qu’il est conforme aux normes qualité à travers des essais en laboratoire. Les industriels sont donc amenés à procéder systématiquement et tout au long du processus de fabrication en interne à un autocontrôle qualité réalisé par leurs propres laboratoires. Mais aussi à effectuer des contrôles qualité externes réalisés par des laboratoires indépendants et accrédités. Mettre en place un système de management de la qualité est devenu une évidence pour les entreprises qui désirent survivre à la concurrence.
Des laboratoires d’essais existent chez nous, le Cetim (centre technologique de l’industrie des matériaux de construction) est le laboratoire de référence en Algérie, sa compétence est reconnue à l’échelle internationale.
Par ailleurs, aux impératifs liés à la qualité du produit vient s’ajouter la problématique relative aux exigences du marché en termes de design. En effet, la rapidité d’évolution du design est devenue fondamentale. La technologie CAO-FAO basée sur des logiciels de conception et de fabrication par ordinateur est désormais nécessaire pour la fabrication de moules, à l’effet de répondre rapidement aux tendances du marché, façonnées par de grands stylistes internationaux dont les recherches sont allées jusqu’à d’inattendus mélanges de substances et de décorations auparavant considérés comme impossibles au plan technologique. Le manque flagrant d’ateliers de création/conception de design en Algérie est à déplorer. Un intérêt particulier devra être accordé au volet recherche et développement dans notre pays. A cet effet, un décloisonnement urgent entre le monde industriel, universitaire et artistique peut être opéré en établissant des passerelles intersectorielles de collaboration.
Entretien réalisé par Réda Hadi



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